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Le génome de toute cellule vivante subit en permanence l'attaque d'agents qui altèrent l'intégrité chimique de l'ADN. La plupart de ces lésions sont éliminées par des mécanismes de réparation efficaces, mais certaines échappent à ce contrôle et bloquent la progression de l'ADN polymérase réplicative. Lorsqu'une fourche de réplication rencontre une telle lésion non réparée, la cellule dispose de deux voies de tolérance distinctes. La synthèse translésionnelle, ou TLS, fait appel à des polymérases spécialisées capables d'insérer un nucléotide directement face à la lésion, au prix d'un risque mutationnel élevé. À l'inverse, l'évitement de dommage repose sur la recombinaison homologue, fidèle, qui comble la région d'ADN simple brin générée en aval de la lésion. L'équilibre entre ces deux voies est déterminant : il fixe le niveau de mutagenèse lors du franchissement de la lésion, source à la fois de variabilité génétique adaptative et de risque d'instabilité du génome.

À l'aide d'un système permettant de suivre simultanément la TLS et la réparation par recombinaison au niveau d'une lésion unique insérée de façon site-spécifique dans le chromosome d'*Escherichia coli*, les auteurs montrent qu'un facteur jusque-là négligé module fortement cet équilibre : la simple proximité de deux lésions bloquantes situées sur des brins opposés. Lorsque deux lésions sont rapprochées, les régions d'ADN simple brin engendrées en aval de chacune se chevauchent, ce qui inhibe localement la recombinaison homologue et déclenche un recours accru à la TLS, plus mutagène. En faisant varier l'espacement des lésions et en exploitant des souches mutantes, l'équipe estime que la brèche initiale générée en aval d'une lésion s'étend sur 1,8 à 3,5 kilobases. L'exonucléase RecJ élargit ces brèches : bénéfique à faible densité de lésions car elle favorise la recombinaison, son action devient délétère à forte densité en provoquant le chevauchement des régions simple brin.

Cette inhibition structurale de la recombinaison se révèle indépendante des autres mécanismes connus de régulation. Elle se distingue de l'inactivation génétique de *recF*, qui réduit le chargement de RecA, et ses effets s'additionnent : la combinaison conduit à une augmentation de la TLS supérieure à un facteur sept. De même, l'effet est indépendant de l'activation de la réponse SOS, mais additif avec elle. L'induction du système SOS multiplie par environ cinq l'usage de la TLS, et la proximité des lésions ajoute un facteur deux supplémentaire : lorsque les lésions sont rapprochées et le SOS induit, la TLS, sujette aux erreurs, représente près de 90 % de la survie. Cet effet persiste en contexte compétent pour la réparation par excision de nucléotides. Les auteurs proposent que ce mécanisme structural, agissant indépendamment des facteurs génétiques, constitue un nouveau paradigme de la mutagenèse induite par stress génotoxique, potentiellement transposable à d'autres organismes étant donné la conservation de la recombinaison homologue entre espèces.