L'activation des lymphocytes T repose sur la reconnaissance, par le récepteur des cellules T (TCR), d'un peptide antigénique présenté à la surface d'une cellule présentatrice d'antigène en association avec les molécules du complexe majeur d'histocompatibilité (pMHC). Cette rencontre déclenche la formation d'un contact dynamique entre les deux cellules, la synapse immunologique, zone où l'engagement du TCR initie une cascade de phosphorylations et de déphosphorylations de protéines et de lipides. C'est cette cascade qui façonne in fine la réponse du lymphocyte. Le TCR est un récepteur multimérique formé des chaînes clonotypiques α et β, responsables de la liaison à l'antigène, et des chaînes CD3 (γ, ε, δ et ζ) chargées de la transduction du signal. Sa signalisation doit être finement régulée, car elle conditionne l'établissement de la tolérance comme celui de la réponse immunitaire.
Cette revue part d'un constat souvent négligé : si la reconnaissance du pMHC s'opère bien à la membrane plasmique, plusieurs acteurs clés de la signalisation — la kinase Lck, la chaîne CD3ζ et la protéine adaptatrice LAT — ne sont pas confinés à cette membrane. Ils résident aussi, parfois en plus grande abondance, dans des compartiments membranaires intracellulaires de nature à la fois endocytique et exocytique. Lors de la liaison du TCR au pMHC, ces réserves intracellulaires de molécules de signalisation sont rapidement polarisées vers la synapse immunologique, et la régulation stricte de leur trafic participe à l'activation du lymphocyte. Les auteurs synthétisent l'état des connaissances sur la nature de ces endosomes, sur leur origine et sur les mécanismes qui gouvernent leur mobilité vers la synapse.
L'analyse s'appuie notamment sur des approches développées par les équipes pour suivre LAT et CD3ζ. Une méthode de « cellule moyenne », appliquée à des conjugués de lymphocytes Jurkat et de cellules B Raji, a permis de visualiser la polarisation précoce d'un pool intracellulaire de LAT vers la synapse puis son enrichissement progressif. Des constructions chimériques de LAT marquées en surface ont mis en évidence son internalisation dans des endosomes recrutés vers la synapse, tandis qu'un test de capture par étiquette SNAP a révélé un transport rétrograde de LAT vers l'appareil de Golgi. Par ailleurs, l'emploi d'un rapporteur de transfert d'énergie de fluorescence (FRET-FLIM) a montré que des réserves intracellulaires de CD3ζ interagissent avec la kinase ZAP70, et un fractionnement membranaire a documenté la distribution de la forme phosphorylée de CD3ζ après activation.
À partir de ces observations, les auteurs formulent plusieurs hypothèses sur le ou les rôles fonctionnels que ces réserves intracellulaires pourraient jouer dans l'activation lymphocytaire, et discutent les outils susceptibles de les tester. Ils soulignent toutefois que la manière dont ces endosomes porteurs de molécules de signalisation régulent réellement l'activation des lymphocytes T demeure inconnue.