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Le développement de nouveaux traitements anticancéreux repose largement sur les modèles animaux, indispensables pour évaluer l'efficacité et la toxicité des candidats médicaments avant le passage en clinique. Pourtant, le taux de succès des molécules en développement reste faible, en partie parce que les données précliniques peinent à prédire la toxicité et l'efficacité réelles chez l'humain. À ce défi scientifique s'ajoute une exigence éthique : les recommandations dites des 3R (remplacer, réduire, raffiner) imposent de préserver le bien-être animal en limitant toute forme de souffrance et en réduisant les manipulations. Dans ce contexte, les cages ventilées numériques automatisées (DVC®) offrent la possibilité de surveiller en continu l'activité locomotrice des animaux directement dans leur cage d'hébergement, sans intervention humaine. L'intérêt de cette technologie restait toutefois peu exploré en oncologie.

Les auteurs ont évalué l'utilité d'un suivi continu de l'activité locomotrice chez la souris à l'aide de la plateforme DVC®, en utilisant deux composés de référence en oncologie, le cisplatine et le cyclophosphamide. Des souris SCID, présentant une immunodéficience combinée sévère touchant les lymphocytes B et T et couramment utilisées comme hôtes pour la xénotransplantation de tumeurs humaines, ont été hébergées par groupes de quatre, dans douze cages au total. Elles ont été suivies par examen clinique standard et par mesure numérique, avant et après traitement, sur une période de dix-sept jours.

La plateforme a détecté des effets statistiquement significatifs du cisplatine sur l'activité des souris, à court comme à long terme, ainsi que des tendances pour le cyclophosphamide. Les différences entre groupes traités et groupes témoins étaient particulièrement marquées la nuit, période d'activité maximale des animaux durant laquelle le personnel n'est généralement pas disponible pour les contrôles. L'analyse sur la phase nocturne de douze heures s'est révélée la plus pertinente pour discriminer les effets des traitements. Le cisplatine a exercé un effet plus chronique sur l'activité, détectable du jour 7 au jour 13, tandis que le cyclophosphamide a montré un effet plus transitoire aux doses testées. Fait notable, l'évaluation clinique diurne standard, dont la variable la plus contributive était l'altération du pelage plutôt qu'un déficit de mobilité, s'est avérée peu sensible pour repérer ces perturbations de l'activité globale ; à l'inverse, les variations de poids corporel apportaient une information complémentaire.

Les auteurs reconnaissent certaines limites, notamment le faible nombre de cages par groupe, l'impossibilité de mesurer l'activité individuelle plutôt que moyenne, et le stress potentiel induit par le double suivi clinique et numérique. Ils soulignent néanmoins que ce suivi continu, non invasif et exigeant peu d'intervention humaine, peut s'intégrer à une approche de surveillance multimodale afin de mieux capturer les effets des médicaments sur l'efficacité antitumorale, la toxicité et la sécurité, et ainsi améliorer la transposition vers les études cliniques. Des travaux complémentaires, mobilisant d'autres modèles et d'autres composés, restent nécessaires pour confirmer ces observations.