Le glycérol est un biomarqueur de la lipolyse, ce processus physiologique par lequel les triglycérides stockés dans le tissu adipeux sont mobilisés pour libérer des acides gras et du glycérol, et ainsi fournir de l'énergie à l'organisme. Sa concentration sanguine augmente dans diverses situations pathologiques — maladies métaboliques, maladies cardiovasculaires, cachexie cancéreuse — mais aussi en réponse à un stress énergétique comme l'exercice physique. Sa mesure présente donc un intérêt dans de nombreux contextes de santé. Les méthodes actuelles de quantification restent toutefois coûteuses et chronophages, et imposent d'extraire le plasma du sang avant d'en déduire la teneur en glycérol, autant d'étapes susceptibles d'introduire des biais.
Pour répondre à ces limites, les auteurs décrivent DietSee, un dispositif portable de mesure au point d'intervention reposant sur un biocapteur sous forme de bandelette. Il permet de quantifier le glycérol directement à partir de sang total en six secondes, à partir d'une seule goutte prélevée au bout du doigt. Les performances du capteur ont d'abord été évaluées sur des solutions tampon et sur des échantillons de plasma humain et murin enrichis en glycérol, en comparaison avec la méthode colorimétrique de référence. Les mesures obtenues avec DietSee ont montré une forte corrélation avec cette méthode et une réponse linéaire sur une large gamme de concentrations (40 à 750 μM), représentative des valeurs physiologiques. Sur sang humain, la validation a couvert un hématocrite de 30 à 55 %, avec une corrélation élevée aux mesures de référence (R² = 0,97).
L'évaluation de la sélectivité a porté sur quatorze substances exogènes (médicaments, vitamines) et sept substances endogènes : aucune n'a généré d'interférence notable aux concentrations testées, à la seule exception de l'acide ascorbique au-delà de 42,6 μM. La stabilité au stockage s'est avérée élevée, dépassant deux ans pour des bandelettes conservées au sec à 4 °C. Les auteurs ont enfin testé le dispositif dans trois situations biologiques exigeant un suivi en temps réel de la lipolyse. Chez des souris déficientes pour la lipase hormono-sensible (Hsl), le glycérol sanguin mesuré était inférieur de 50 % à celui des animaux témoins ; après injection d'un agoniste bêta-3 stimulant la lipolyse, le glycérol des souris témoins doublait en dix minutes alors qu'il n'augmentait que marginalement chez les souris déficientes. Chez dix-huit hommes minces et en bonne santé, le glycérol s'élevait significativement après un exercice d'endurance ou de sprint en intervalles, l'endurance produisant la hausse la plus marquée. Un essai comparant deux régimes alimentaires pendant la course a en outre révélé une différence métabolique entre les sujets.
En conclusion, ce glycéromètre constitue un outil sensible, sélectif et rapide, adapté à la fois à l'humain et à la souris, permettant de caractériser le statut métabolique d'un individu à partir d'une simple goutte de sang. Sa polyvalence ouvre des applications tant en santé qu'en recherche sur la lipolyse et les désordres métaboliques.