Le carcinome rénal à cellules claires constitue le sous-type de cancer du rein le plus fréquent et représente plus de 3 % de l'ensemble des cancers. Au moment du diagnostic, environ 30 % des cas sont déjà métastatiques, avec un pronostic défavorable et sans bénéfice durable des traitements oncologiques traditionnels que sont la chimiothérapie et la radiothérapie. L'arrivée des thérapies ciblées dirigées contre l'angiogenèse et les voies de transduction du signal, telles que le sunitinib, le temsirolimus ou le pazopanib, a amélioré le bénéfice clinique et la survie. Néanmoins, ces traitements se heurtent fréquemment à des résistances acquises, souvent par activation de voies alternatives, et la réponse n'est que de courte durée. Plus récemment, les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire ont démontré une activité antitumorale significative en première ligne, mais ne bénéficient qu'à une fraction réduite de patients, au prix d'effets indésirables et de coûts élevés. Un obstacle majeur au développement de nouvelles stratégies tient à l'absence de modèles précliniques capables de prédire fidèlement l'efficacité des médicaments et d'orienter chaque patient vers le bon protocole.
Pour répondre à ce besoin, les auteurs ont comparé différents modèles de culture tridimensionnelle du carcinome rénal à cellules claires et mis en avant l'intérêt du traitement ex vivo de tranches de tumeurs humaines fraîchement réséquées par chirurgie. Les approches existantes présentent en effet des limites : les lignées cellulaires en deux dimensions sélectionnent les cellules les plus robustes et reproduisent mal l'hétérogénéité tumorale ; les organoïdes ne modélisent pas les interactions entre les cellules cancéreuses, immunitaires et endothéliales ; quant aux xénogreffes dérivées de patients, leur faible taux de prise, leurs délais, leurs coûts et leur dérive progressive par rapport à la tumeur d'origine en restreignent l'usage. À l'inverse, le modèle décrit repose sur des coupes tissulaires de précision de 300 µm, préparées au vibratome, déposées sur membranes de culture et maintenues jusqu'à 96 heures, deux échantillons distincts par tumeur étant traités par les inhibiteurs étudiés. Les tumeurs provenaient de patients opérés d'une néphrectomie partielle ou totale, et la viabilité des tranches était évaluée par marquage des cellules vivantes et mortes, complété par des analyses immunohistochimiques.
L'avantage central de cette méthode réside dans la préservation de l'architecture tumorale, et donc des relations spatiales entre la tumeur, les lymphocytes infiltrants et les composants stromaux, autant d'éléments dont dépend étroitement l'évolution clinique. Les auteurs estiment que le traitement aigu de tranches tumorales pourrait servir d'outil de diagnostic compagnon dans la prise en charge du carcinome rénal à cellules claires, ainsi que de plateforme pour le développement de nouveaux médicaments. En cohérence avec le rôle clé de l'infiltrat immunitaire dans cette pathologie, cette stratégie justifie des investigations complémentaires afin de confirmer les corrélations entre la sensibilité aux médicaments, le niveau de vascularisation tumorale et les populations immunitaires infiltrantes, et pourrait à terme contribuer à l'immunothérapie personnalisée.