Le placenta humain assure les échanges entre la mère et le fœtus tout en maintenant la grossesse. Son développement repose sur plusieurs étapes critiques, dont l'invasion utérine par les cytotrophoblastes extravilleux (EVCT). Ces cellules ancrent les villosités choriales dans la paroi de l'utérus, participent au remodelage des artères spiralées maternelles et contribuent à la tolérance immunitaire du conceptus. Une invasion trophoblastique défaillante est associée à des complications telles que la fausse couche, le retard de croissance intra-utérin et la prééclampsie. Or, de nombreuses pathologies de la grossesse résultent d'infections, dont les effets délétères paraissent médiés par l'élévation de facteurs inflammatoires dans la circulation maternelle, notamment les interférons de type I. La réponse à ces infections s'accompagne de l'induction des protéines transmembranaires inductibles par l'interféron (IFITM), connues comme facteurs de restriction bloquant l'entrée de nombreux virus dans les cellules et dont l'effet inhibiteur sur la formation du syncytiotrophoblaste avait déjà été décrit.
Les auteurs se sont demandé si ces protéines affectaient également l'invasion des EVCT, une question jusqu'alors non étudiée. Pour y répondre, ils ont combiné plusieurs modèles : la lignée cellulaire HTR8/SVneo, des EVCT primaires et des explants placentaires de premier trimestre cultivés in vitro et ex vivo, des souris traitées in vivo par le poly(I:C), un inducteur d'interféron, ainsi que des coupes de placentas humains pathologiques. Le pouvoir invasif a été mesuré par des tests de migration cellulaire suivis en imagerie en temps réel, tandis que l'expression des protéines a été évaluée par immunomarquage et western blot. Des expériences de transduction lentivirale ont permis d'introduire spécifiquement IFITM1, IFITM2 ou IFITM3 afin d'isoler leur contribution respective.
Les cellules exposées à l'interféron-β ont montré une augmentation de l'expression des IFITM accompagnée d'une réduction de leurs capacités invasives. Les expériences de transduction ont confirmé que c'est plus particulièrement IFITM1 qui contribuait à cette diminution de l'invasion. Chez la souris, la migration des cellules géantes du trophoblaste, équivalent murin des EVCT humains, était significativement réduite après traitement par le poly(I:C). Enfin, l'analyse de placentas humains infectés par le cytomégalovirus (CMV) ou par des bactéries a révélé une surexpression d'IFITM1 au niveau des EVCT.
Ces travaux établissent que des niveaux élevés d'IFITM1 entravent l'invasion trophoblastique. Les auteurs avancent que ce mécanisme pourrait contribuer aux dysfonctions placentaires associées aux désordres médiés par l'interféron, faisant le lien entre l'inflammation d'origine infectieuse et les anomalies du développement placentaire.