Le cancer du sein demeure l'une des tumeurs malignes les plus fréquentes chez la femme et une cause majeure de mortalité par cancer. Si des progrès notables ont été accomplis au cours des années 2010, grâce notamment au dépistage précoce et à l'amélioration des traitements, l'hétérogénéité de ces tumeurs reste un problème central qui conditionne le pronostic des patientes. Les classifications histologiques et moléculaires ont permis de faire évoluer la pratique clinique d'une approche uniforme vers une prise en charge plus personnalisée. Cette revue dresse un panorama des stratégies et outils actuels destinés à identifier, évaluer et valider de nouveaux biomarqueurs prédictifs, c'est-à-dire capables d'anticiper la réponse d'une patiente à un traitement donné.
Les auteurs rappellent que la classification des tumeurs mammaires, initialement fondée sur l'expression génique, les caractéristiques tumorales et l'évolution clinique, a été affinée par des signatures d'expression telles que PAM50, qui repose sur le niveau d'expression de 50 gènes, ou par l'analyse du transcriptome complet. Si plus de dix sous-types ont été décrits, seuls quatre présentent une pertinence clinique : Luminal A, Luminal B, les tumeurs enrichies en HER2 et les cancers triple-négatifs (TNBC). Les tumeurs luminales se caractérisent par l'expression des récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone, et se distinguent par leur degré de prolifération évalué via le marqueur KI-67. Les tumeurs HER2-enrichies présentent une amplification de l'oncogène HER2, tandis que les cancers triple-négatifs, les plus agressifs, n'expriment aucun de ces trois marqueurs. Cette classification oriente directement le choix thérapeutique : hormonothérapie pour les tumeurs exprimant les récepteurs hormonaux, thérapie ciblée anti-HER2 pour les tumeurs surexprimant ce récepteur, et chimiothérapie conventionnelle associant agents ciblant l'ADN et poisons du fuseau pour les triple-négatifs.
Bien que 87 % des patientes bénéficient de ces traitements, l'apparition de résistances et les rechutes subséquentes constituent une complication fréquente et une cause majeure de décès. Des patientes porteuses de tumeurs apparemment similaires ne répondent pas de manière identique aux mêmes agents, ce qui rend indispensable une stratification fondée sur la prédiction de la réponse au traitement. L'identification de biomarqueurs robustes présente un double intérêt : améliorer les résultats cliniques en sélectionnant le traitement adéquat pour chaque sous-population, mais aussi réduire les toxicités et les coûts en évitant le recours à des traitements inefficaces.
La revue détaille les approches mobilisées dans ce champ de recherche — génomiques, protéomiques et fondées sur l'apprentissage automatique — ainsi que les outils innovants comme l'imagerie ou les biopsies liquides. Les auteurs synthétisent enfin les biomarqueurs prédictifs actuellement disponibles dans le cancer du sein et discutent des biomarqueurs compagnons associés aux thérapies ciblées, dans la perspective d'une médecine de précision visant à administrer le bon traitement à la bonne patiente et à éviter tout surtraitement inutile.