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La prééclampsie est un trouble propre à la grossesse, à l'origine de complications graves pour la mère comme pour le fœtus. Son déclenchement pourrait être lié à une rupture de la tolérance immunitaire que développe normalement l'organisme maternel vis-à-vis de l'embryon, au niveau de l'interface materno-fœtale. Des travaux antérieurs avaient signalé une expression réduite de la molécule HLA-F à cette interface chez les patientes atteintes, sans que le mécanisme par lequel cette molécule participe à la tolérance immunitaire soit élucidé. C'est cette question que la présente étude cherche à éclaircir.

Pour cartographier les perturbations immunitaires à l'interface materno-fœtale, les auteurs ont réalisé un séquençage de l'ARN à l'échelle de la cellule unique (single-cell RNA sequencing) sur de la décidue placentaire. Au total, 101 250 cellules ont été classées en 22 groupes distincts. Cette approche a été complétée par des expériences fonctionnelles sur deux lignées cellulaires humaines : des cellules Jar, modèle de trophoblaste, et des cellules NK-92MI, modèle de lymphocyte, afin de préciser le rôle joué par HLA-F dans chacun de ces types cellulaires.

L'analyse a mis en évidence, dans la décidue placentaire prééclamptique, une population particulière de trophoblastes extravilleux caractérisée par la coexpression d'IGFBP1 et de SPP1, associée à plusieurs dysfonctionnements immunitaires jusqu'alors non décrits : une diminution des fonctions ribosomales des populations de cellules NK et une expression anormale des molécules de présentation de l'antigène dans la majorité des groupes cellulaires. Certains gènes propres aux stades intermédiaires de différenciation des cellules myéloïdes ou des trophoblastes extravilleux se sont révélés impliqués dans la physiopathologie de la maladie ; en particulier, une communication intercellulaire renforcée a été observée entre les cellules IGFBP1+SPP1+ (EVT2) ou SPP1+M1 et leurs populations cibles chez les patientes, comparativement aux témoins. Concernant HLA-F, un marquage par immunofluorescence multiplexe a confirmé sa moindre expression dans les échantillons prééclamptiques. Dans les cellules Jar, la surexpression de HLA-F a favorisé la prolifération, l'invasion et la migration cellulaires, tandis que sa sous-expression produisait l'effet inverse. Dans les cellules NK-92MI, la surexpression de HLA-F a augmenté la sécrétion de cytokines immunorégulatrices telles que CSF1 et CCL22 et favorisé la transformation des cellules NK adaptatives NKG2C+.

En décrivant le paysage des perturbations immunitaires à l'interface materno-fœtale, ces travaux apportent un éclairage nouveau sur l'hétérogénéité cellulaire, les dysfonctionnements immunitaires et le rôle de HLA-F dans la prééclampsie. Les auteurs estiment que ces observations offrent de nouvelles perspectives pour l'étude des mécanismes de la maladie et pourraient désigner une cible thérapeutique potentielle.