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L'origine des capacités humaines de parole demeure l'une des questions les plus débattues des neurosciences. Les théories dominantes — qu'elles invoquent la position du larynx ou des adaptations neurogénétiques — ont été progressivement écartées, et l'on a longtemps considéré que l'essentiel de l'infrastructure neuronale dédiée à la parole dans le cortex frontal, y compris l'aire de Broca classique, était déjà présent, à un stade naissant, chez les primates non humains. Pourtant, la maîtrise volontaire de la parole reste, à ce jour, propre à l'espèce humaine, sans que les modèles actuels ne l'expliquent.

Ces travaux s'appuient sur l'identification, dans le cerveau humain adulte, d'une caractéristique anatomique singulière : l'opercule préfrontal (PFO), région située à proximité immédiate et en position médiale par rapport à l'aire de Broca. Cette structure résulte de l'expansion du cortex préfrontal — en particulier des aires 9 et 10 — qui repousse vers l'arrière la frontière anatomique entre cortex préfrontal et prémoteur. Chez les singes de l'Ancien Monde, dont le macaque et le babouin, l'opercule frontal demeure exclusivement au niveau du cortex prémoteur/moteur, de sorte que cette extension préfrontale fait défaut. L'objectif était double : caractériser l'organisation anatomo-fonctionnelle du PFO à partir de sa connectivité cérébrale globale, et déterminer s'il possède un équivalent chez le macaque.

L'analyse de la connectivité fonctionnelle chez l'humain révèle que le PFO se subdivise en deux régions distinctes, antérieure (aPFO) et postérieure (pPFO). Ces deux sous-régions interagissent fortement entre elles, mais présentent des profils de connectivité à l'échelle du cerveau entier nettement différents : la partie postérieure s'associe préférentiellement au réseau du langage, tandis que la partie antérieure se rattache au réseau du contrôle cognitif. Cette organisation suggère que le PFO joue un rôle important dans le contrôle cognitif de la parole. Pour rechercher d'éventuels homologues chez le primate non humain, les chercheurs ont mobilisé une approche d'appariement par empreinte de connectivité chez dix-huit macaques rhésus, examinés en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle de repos sous anesthésie. Les résultats mettent en évidence des similarités avec la partie postérieure du PFO, mais aucun homologue de la partie antérieure n'a pu être identifié dans le cerveau du macaque.

L'ensemble de ces observations oriente vers l'émergence de l'aPFO comme un avantage évolutif propre aux hominidés, susceptible de sous-tendre les capacités de parole modernes. En distinguant une région ancrée dans le langage d'une région tournée vers le contrôle cognitif, et en montrant que seule la seconde trouve un équivalent chez le macaque, cette étude apporte un élément de réponse au caractère spécifiquement humain de la maîtrise de la parole.