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Article à jour en juillet 2026. Horizon Europe fonctionne par appels à projets aux thèmes et calendriers renouvelés chaque année : les dispositifs, budgets et dates cités ici sont des repères, à revérifier sur le portail Funding & Tenders de la Commission européenne avant toute candidature (voir l’avertissement en fin d’article).

Horizon Europe est le programme-cadre de recherche et d’innovation de l’Union européenne pour 2021-2027, doté d’environ 95,5 milliards d’euros à son lancement. C’est le plus grand programme de financement de la recherche au monde — et, pour un projet en santé, un gisement de financements bien plus vaste que les seuls dispositifs nationaux. Mais sa taille et son jargon (piliers, clusters, destinations, RIA, consortium) le rendent difficile d’accès. Cet article propose une carte de lecture : l’architecture d’ensemble, puis les instruments les plus pertinents en biomédical — le Cluster Santé, le Conseil européen de la recherche (ERC), le partenariat IHI, les actions Marie Skłodowska-Curie et Eurostars —, en précisant à chaque fois comment une entreprise ou un laboratoire peut s’y insérer. L’EIC Accelerator, autre composante d’Horizon Europe, fait l’objet d’un article distinct (→ voir notre article dédié à l’EIC Accelerator).

L’architecture : trois piliers

Horizon Europe s’organise en trois piliers, complétés par un volet transversal.

Le Pilier I — « Science d’excellence » (environ un quart du budget) finance la recherche fondamentale et la mobilité des chercheurs : il abrite le Conseil européen de la recherche (ERC) et les actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA).

Le Pilier II — « Problématiques mondiales et compétitivité industrielle » (plus de la moitié du budget) est le cœur de la recherche collaborative : il finance des projets menés en consortium, organisés en six clusters thématiques, dont le Cluster 1 « Santé ». C’est le pilier le plus pertinent pour un projet biomédical associant plusieurs partenaires.

Le Pilier III — « Europe innovante » (environ 14 % du budget) soutient l’innovation de rupture, principalement via le Conseil européen de l’innovation (EIC) et son EIC Accelerator.

À cela s’ajoutent des partenariats institutionnalisés — comme l’IHI en santé — et des programmes cofinancés comme Eurostars, que nous détaillons plus bas. [Commission européenne, Horizon Europe]

À noter sur le budget. Le chiffre de 95,5 Md€ est celui du lancement (dont 5,4 Md€ issus de l’instrument NextGenerationEU). Après la coupe de 2,1 Md€ décidée en 2024 et la révision à mi-parcours du cadre financier pluriannuel, la Commission affiche désormais un montant indicatif d’environ 93,5 Md€ pour la période 2021-2027. Les deux chiffres circulent selon les sources. [Commission européenne]

Le cœur collaboratif : le Cluster 1 « Santé »

Le Cluster Santé finance des projets de recherche et d’innovation répondant à des défis de santé définis par la Commission, regroupés pour 2026-2027 en six destinations : rester en bonne santé dans une société qui change, environnement et santé, maladies et charge de morbidité, accès équitable à des soins de qualité, outils et technologies, et industrie de la santé. Le programme de travail 2026-2027 a été adopté le 11 décembre 2025 (décision C(2025) 8493). [Commission européenne, Work Programme Santé 2026-2027]

Trois caractéristiques structurent ces financements :

  • Le projet est mené en consortium. Sauf exception, la règle est celle d’un consortium d’au moins trois entités juridiques indépendantes, établies dans trois pays différents (dont au moins un État membre de l’UE, les autres pouvant être des pays associés). C’est la différence fondamentale avec une ERC ou un EIC Accelerator, mono-bénéficiaires : ici, on candidate à plusieurs.
  • Le type d’action détermine le taux de financement. Les projets de recherche et d’innovation (RIA, Research and Innovation Actions) sont financés à 100 % des coûts éligibles, pour tous les types de participants ; les actions d’innovation (IA, Innovation Actions), plus proches du marché, à 70 % pour les entreprises (100 % pour les entités non lucratives). Les actions de coordination et de soutien (CSA) sont financées à 100 %. À ce taux s’ajoute un forfait de coûts indirects de 25 % des coûts directs éligibles.
  • Les montants sont élevés. Pour ce cluster, la contribution européenne se situe le plus souvent entre 1,5 et 10 millions d’euros par projet, certains appels dotant plusieurs dizaines de millions d’euros. Dans le programme 2026-2027, environ la moitié des budgets d’appels fonctionnent au forfait (lump sum), surtout pour les subventions inférieures à 10 M€ : la subvention est fixée à la signature sur la base du plan de travail, sans reporting de coûts détaillé, mais le bénéficiaire supporte les éventuels dépassements. [Commission européenne, Work Programme 2026-2027]

Pour 2026, l’appel principal du cluster (identifiant HORIZON-HLTH-2026-01) a été publié le 4 février 2026, ouvert le 10 février et clos en une seule étape le 16 avril 2026. Les thèmes couvraient un spectre large : nouvelles approches méthodologiques (NAMs), thérapies innovantes et médecine régénérative, réseau européen de centres d’excellence pour les médicaments de thérapie innovante (ATMP), science réglementaire, prévention, santé environnementale. D’autres appels du cluster suivent des calendriers propres, y compris des échéances en 2027, et certains partenariats européens en santé ont des échéances distinctes à l’automne 2026 ou en 2027. [Commission européenne, Work Programme Santé 2026-2027]

La place d’un partenaire — et d’un prestataire

C’est le point décisif pour comprendre où un acteur de la recherche translationnelle intervient dans un projet Horizon Europe, et il y a deux positions à ne pas confondre.

Un acteur peut d’abord être partenaire d’un consortium : il est alors l’un des bénéficiaires, porte ses propres tâches (work packages), reçoit sa part de la subvention européenne et participe à la gouvernance du projet et à l’accord de consortium. C’est la position la plus engageante, et celle qui permet de contribuer scientifiquement au projet.

Il peut aussi intervenir comme prestataire d’un bénéficiaire, sans être membre du consortium. La réglementation d’Horizon Europe distingue ici deux mécanismes, et la frontière tient à un critère précis : la tâche est-elle décrite comme telle dans l’annexe technique du projet (l’Annexe 1) ?

  • La sous-traitance (catégorie B du modèle de convention de subvention) couvre l’exécution, par un tiers, d’une tâche du projet inscrite à l’annexe technique — par exemple un lot d’expérimentations qui constitue une action du plan de travail. Elle est strictement encadrée, doit être justifiée dès la proposition et attribuée au meilleur rapport qualité-prix ; les coûts de sous-traitance sont exclus de l’assiette du forfait de coûts indirects.
  • L’achat de biens et services (catégorie C) couvre les fournitures et prestations facturées par un tiers qui ne sont pas, en elles-mêmes, une tâche du projet — équipements, consommables, analyses de routine achetées au prix du marché.

Pour un projet de santé, un prestataire spécialisé qui réalise un lot expérimental dépend donc de l’une ou l’autre catégorie selon que ce lot est ou non érigé en tâche du plan de travail — le plus souvent, une contribution expérimentale substantielle relève de la sous-traitance. Dans les deux cas, c’est un poste de dépense normal et prévu du budget d’un projet. [Commission européenne, Model Grant Agreement, art. 6.2]

L’IHI : le partenariat public-privé de la santé

L’Innovative Health Initiative (IHI) est le grand partenariat public-privé européen dédié à la santé, successeur de l’Innovative Medicines Initiative. Son budget total pour 2021-2027 atteint 2,4 milliards d’euros, financés à parts sensiblement égales par l’argent public et par l’industrie : 1,2 Md€ proviennent d’Horizon Europe, 1 Md€ des industriels membres et 0,2 Md€ d’autres contributeurs (contributing partners). Les associations membres représentent le médicament et les vaccins (EFPIA, qui inclut Vaccines Europe), l’imagerie et l’électromédical (COCIR), les technologies médicales (MedTech Europe) et la biotechnologie (EuropaBio). [IHI, modèle de financement]

Sa logique est spécifique et doit être bien comprise. L’IHI finance de grands projets collaboratifs intersectoriels répondant à un besoin de santé non satisfait, réunissant universités, hôpitaux, PME, organisations de patients et industriels. Mais les industriels membres des associations ne reçoivent pas de financement européen : au contraire, ils doivent apporter au moins 45 % des coûts du projet (idéalement plus de 50 %) sous forme de contributions en nature. Ce sont donc les autres participants — PME, universités, organismes de recherche, hôpitaux — qui reçoivent le financement, aux côtés de la contribution industrielle. Pour une PME de santé, l’IHI est ainsi une voie d’accès à des consortiums de très grande ampleur, aux côtés des grands industriels du secteur. [IHI ; MedTech Europe]

À titre d’illustration, l’appel Call 12 (topics publiés le 11 décembre 2025, doté d’environ 163 millions d’euros, cinq thèmes alignés sur les objectifs de l’agenda stratégique de l’IHI) fonctionnait en une seule étape, avec des projets pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions d’euros de contribution IHI selon le thème ; sa date limite de dépôt était fixée au 21 avril 2026 (reportée au 22 avril à la suite d’un incident sur le portail). Comme pour le Cluster Santé, la règle du consortium (au moins trois partenaires de trois pays) s’applique. [IHI, Call 12]

La section ERC : financer un chercheur d’excellence

Le Conseil européen de la recherche (ERC), dans le Pilier I, finance la recherche exploratoire portée par un chercheur individuel — les bourses Starting, Consolidator et Advanced, complétées par la Synergy (petites équipes de chercheurs) et la Proof of Concept. Le programme de travail 2026 introduit en outre une nouvelle bourse, l’ERC Plus : destinée à des projets particulièrement transformateurs, elle offre jusqu’à 7 millions d’euros sur 4 à 7 ans, ouverte à tous les stades de carrière mais très sélective — une trentaine de lauréats par an tous champs confondus, une seule par carrière. C’est un ensemble de financements prestigieux, mais dont la logique diffère radicalement du collaboratif, et la nuance est importante pour un prestataire de recherche. [ERC, Work Programme 2026]

Une bourse ERC individuelle (Starting, Consolidator, Advanced, ainsi que l’ERC Plus) est mono-bénéficiaire : elle est attribuée à un chercheur (le principal investigator), via son institution d’accueil (Host Institution), qui en est l’unique bénéficiaire. Il n’y a pas de consortium, donc pas de place de partenaire à prendre — un prestataire externe ne peut être ni bénéficiaire ni partenaire d’une ERC. [ERC, Work Programme 2026]

En revanche — et c’est le point utile — un titulaire d’ERC peut parfaitement confier une partie des travaux à un tiers sur sa subvention : la convention de subvention permet, au titre de la sous-traitance (catégorie B) ou de l’achat de biens et services (catégorie C), de commander des travaux que le lauréat ne réalise pas lui-même, par exemple des expérimentations spécialisées. Un laboratoire lauréat d’une ERC en sciences de la vie peut donc confier à un prestataire un lot d’essais ou d’analyses. La place d’un acteur de la recherche translationnelle auprès d’un titulaire d’ERC n’est donc pas celle d’un partenaire, mais celle d’un prestataire de services — un mode d’intervention indirect, mais réel. [Commission européenne, Model Grant Agreement ; ERC Work Programme]

MSCA et Eurostars, en bref

Deux autres instruments méritent d’être connus.

Les actions Marie Skłodowska-Curie (MSCA), dans le Pilier I, financent la formation, la mobilité et les échanges de chercheurs — réseaux doctoraux, bourses postdoctorales, échanges de personnel. Le secteur privé y est éligible : une entreprise peut accueillir un chercheur MSCA, ce qui constitue une voie d’accès à des compétences de haut niveau, distincte du financement de projet. [MSCA]

Eurostars n’appartient pas stricto sensu à Horizon Europe, mais relève du réseau intergouvernemental EUREKA, cofinancé par l’Union via le Partenariat européen pour les PME innovantes. Il finance des projets de R&D collaboratifs internationaux menés par une PME innovante (en position de chef de file), proches du marché, réunissant au moins deux partenaires de deux pays participants. Sa particularité : le financement est géré par les agences nationales de chaque pays (en France, Bpifrance, qui couvre jusqu’à 40 % des coûts d’une PME française), avec des règles et des taux qui varient d’un pays à l’autre. Pour une PME française cherchant un partenariat européen plus léger qu’un grand consortium Horizon Europe, c’est une option à considérer. La campagne 2026 (Call 11) s’ouvre au dépôt le 9 juillet et se clôt le 10 septembre 2026. [EUREKA/Eurostars ; Bpifrance]

Quelle place selon votre profil ?

Si vous êtes une entreprise (PME, ETI), vous pouvez être partenaire d’un consortium du Cluster Santé ou de l’IHI, chef de file d’un projet Eurostars, ou accueillir un chercheur MSCA. Vous êtes financé selon le type d’action (100 % en RIA, 70 % en IA), sous réserve des règles européennes sur les aides d’État. Vous pouvez aussi intervenir comme prestataire d’un bénéficiaire, y compris d’un titulaire d’ERC.

Si vous êtes un laboratoire public, le Cluster Santé et l’IHI vous sont pleinement ouverts comme partenaire de consortium (financé à 100 % en RIA) ; l’ERC et les MSCA s’adressent directement à vos chercheurs et à vos doctorants. Vous pouvez également accueillir un projet ERC dont le titulaire fera appel à des prestataires externes pour certains travaux.

Dans les deux cas, la règle du consortium (trois partenaires, trois pays) fait du montage un exercice long et collectif : il se prépare des mois à l’avance, souvent avec l’appui des points de contact nationaux (PCN) français, qui accompagnent gratuitement les candidats.

Monter un projet européen en consortium suppose d’identifier tôt ses partenaires et ses prestataires. Que ce soit comme partenaire d’un consortium du Cluster Santé ou de l’IHI, ou comme prestataire de services d’un bénéficiaire — y compris d’un titulaire d’ERC —, Inovarion peut intervenir pour la part expérimentale ou analytique d’un projet financé par Horizon Europe.

Sources

Chaque chiffre est à revérifier sur la source officielle correspondante avant publication : budgets, taux, calendriers et thèmes des appels d’Horizon Europe sont fixés par les programmes de travail de l’édition concernée.

Avertissement

Cet article a une vocation strictement informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en montage de projet personnalisé. Les instruments d’Horizon Europe, leurs budgets, leurs taux de financement, leurs calendriers et leurs conditions d’éligibilité évoluent à chaque programme de travail, et un appel ouvert à la date de rédaction peut être clos au moment de la lecture. Avant toute décision, nous vous invitons à vérifier les modalités en vigueur directement auprès des sources officielles (portail Funding & Tenders de la Commission européenne, sites de l’ERC, de l’IHI et d’EUREKA) et à vous rapprocher des points de contact nationaux. Inovarion ne saurait être tenue responsable d’une décision prise sur la seule base de cet article.