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Le lupus érythémateux systémique est une maladie auto-immune aux causes multiples, qui peut toucher la peau, les articulations ou les reins. Il concerne environ 50 personnes sur 100 000, surtout des femmes jeunes. La rupture de la tolérance immunitaire y entraîne la production d'auto-anticorps dirigés principalement contre des constituants du noyau cellulaire. Associés à ces antigènes et à des protéines du complément, ils forment des complexes immuns qui se déposent dans les tissus et y entretiennent une inflammation chronique ; l'atteinte rénale constitue la principale cause de morbidité et de mortalité. Les lymphocytes T auxiliaires folliculaires, plus nombreux dans le sang des patients, amplifient cette réponse en organisant les centres germinatifs des organes lymphoïdes, où les lymphocytes B se différencient en cellules productrices d'anticorps, notamment sous l'effet de l'interleukine 21.

Cet article de la rubrique Nouvelles s'intéresse aux granulocytes basophiles, connus pour leur rôle dans l'immunité de type 2 dirigée contre les parasites et les allergènes. Des travaux antérieurs avaient montré qu'au cours du lupus, ces cellules sont activées, notamment par les IgE contenues dans les complexes immuns, et migrent vers la rate et les ganglions, où elles favorisent la production d'auto-anticorps. Les mécanismes en jeu restaient à préciser.

Dans deux modèles murins de lupus, l'un spontané et l'autre induit par le pristane, l'accumulation des lymphocytes T auxiliaires folliculaires dépend des basophiles. Leur suppression réduit ces lymphocytes, les lymphocytes B des centres germinatifs, les auto-anticorps et les dépôts de complexes immuns dans les reins. Dans la rate, les basophiles se positionnent à la frontière entre zones T et B, au contact des précurseurs de ces lymphocytes auxiliaires, et soutiennent surtout ceux de type 2, producteurs d'interleukine 4. Chez les patients, ces lymphocytes de type 2 sont plus nombreux dans le sang, et leur nombre est corrélé à la sévérité de la maladie. Deux molécules portées par les basophiles se révèlent décisives : le ligand PD-L1, dont l'expression augmente dans le lupus chez l'homme comme chez la souris sous l'effet de l'interleukine 3 et des IgE, et l'interleukine 4. Leur suppression spécifique dans les basophiles limite l'accumulation des lymphocytes auxiliaires et des IgG auto-réactives. En culture, les basophiles orientent des lymphocytes T naïfs vers ce profil par l'interaction entre PD-L1 et PD-1 et par l'interleukine 4, en activant le facteur GATA3 et en réprimant BACH2.

Chez la souris, des anticorps neutralisant l'interleukine 3 ou l'interleukine 4 réduisent rapidement et fortement le nombre de lymphocytes auxiliaires folliculaires et de cellules productrices d'auto-anticorps. Les basophiles, ainsi que les interleukines 3 et 4, apparaissent dès lors comme des cibles thérapeutiques prometteuses dans le lupus érythémateux systémique.