Le facteur X (FX) est une protéine plasmatique dépendante de la vitamine K, surtout connue pour son rôle central dans la coagulation : son déficit fonctionnel s'accompagne d'hémorragies sévères, telles qu'épistaxis, hémarthroses ou saignements gastro-intestinaux. Au-delà de l'hémostase, le FX exerce toutefois d'autres fonctions, et la diversité de ces activités biologiques rend essentielle la compréhension des mécanismes qui maintiennent ses concentrations physiologiques. Les auteurs avaient précédemment montré que cette régulation passe par des interactions avec les macrophages : leur déplétion chimique réduit les taux de FX de 60 à 70 %, et la protéine s'accumule de façon intacte à la surface de plusieurs types de macrophages, où elle constitue un réservoir plutôt que d'être dégradée. Ils avaient également identifié le récepteur scavenger de classe A membre I (SR-AI) comme le principal récepteur de surface impliqué.
La présente étude révèle qu'un troisième partenaire, la pentraxine-2 (PTX2), s'associe au complexe FX/SR-AI. Les expériences de liaison montrent que FX, SR-AI et PTX2 se lient indépendamment les uns aux autres avec des affinités apparentes comprises entre 0,2 et 0,7 µM. La PTX2 empêche l'internalisation du FX par SR-AI, et réciproquement la présence du FX limite l'internalisation de la PTX2 : les deux protéines coopèrent ainsi pour échapper à la capture par les macrophages. Les expériences d'immunoprécipitation établissent par ailleurs que FX et PTX2 circulent en complexe dans le plasma, environ 53 % du FX étant lié à la PTX2 dans le plasma normal. Cette association implique le peptide d'activation du FX, ce qui explique l'absence de liaison de la PTX2 aux autres protéines dépendantes de la vitamine K, dont le peptide d'activation est peu conservé ; une fois le FX activé en FXa, la liaison à la PTX2 disparaît.
Les auteurs démontrent également l'interdépendance des taux plasmatiques des deux protéines. Chez la souris, l'inhibition de la PTX2 par ARN interférent réduit son taux d'environ 45 % et abaisse simultanément le FX de 37 %, sans affecter le facteur IX. Les souris déficientes en SR-AI présentent une diminution concomitante des deux protéines. Chez l'homme, l'analyse de 71 échantillons plasmatiques met en évidence une corrélation significative entre les taux de FX et de PTX2 (coefficient de Spearman de 0,40 ; p = 0,0006), et les patients présentant un déficit en FX (congénital, acquis, ou sous traitement anti-vitamine K) montrent une baisse parallèle de la PTX2.
Les auteurs proposent un modèle où le complexe ternaire FX/PTX2/SR-AI maintenu à la surface cellulaire protège les deux partenaires d'une clairance accélérée, un mécanisme qu'ils rapprochent du recyclage de l'albumine et des immunoglobulines G via le récepteur FcRn. Ils soulignent la pertinence clinique de ces observations dans le contexte des essais visant à dépléter la PTX2 dans le traitement de l'amylose systémique, où une surveillance des taux de FX leur paraît recommandée.