La prise en charge du cancer colorectal métastatique a connu des avancées notables, mais la prédiction de la réponse aux traitements et du devenir des patients demeure imparfaite. Cette étude s'est intéressée au paysage immunitaire des métastases afin d'évaluer dans quelle mesure l'infiltrat immunitaire local conditionne la réponse thérapeutique et la survie. Elle repose sur deux cohortes totalisant 153 patients de stade IV ayant bénéficié d'une résection curative complète de leurs métastases, soit 441 lésions au total.
Les densités immunitaires ont été quantifiées de façon automatisée sur lames entières, au centre et à la marge invasive de chaque métastase. Deux indicateurs ont été analysés : l'Immunoscore, fondé sur les lymphocytes T (CD3 et CD8), et le score T et B (CD8 et CD20). Leur valeur a été mise en relation avec la réponse radiologique et anatomopathologique, ainsi qu'avec la survie sans récidive et la survie globale, à l'aide de modèles de Cox multivariés. La distribution spatiale des cellules immunitaires s'est révélée non uniforme : au sein d'un même patient, les différentes métastases présentaient des infiltrats variables et répondaient différemment au traitement, témoignant de l'hétérogénéité du microenvironnement tumoral.
Une réponse favorable au traitement était significativement associée à des densités immunitaires élevées. Parmi toutes les lésions, c'est la métastase la moins infiltrée qui s'est avérée la plus informative pour prédire la survie. Avec un Immunoscore élevé (I 3-4), le taux de survie sans récidive à cinq ans atteignait 27,9 % contre 12,3 % pour un score faible (HR = 0,45 ; P = 0,02), et la survie globale 64,6 % contre 32,5 % (HR = 0,32 ; P = 0,001). Le score TB donnait des résultats comparables (survie globale de 63,7 % contre 21,4 % ; HR = 0,25 ; P < 0,001). Les patients combinant des scores élevés affichaient une survie médiane de 70,5 mois, contre 25,1 à 38,3 mois pour les scores faibles. Fait notable, les patients classés non répondeurs mais dotés d'un fort infiltrat immunitaire bénéficiaient eux aussi d'une survie prolongée. En analyse multivariée, les paramètres immunitaires demeuraient les seuls facteurs pronostiques significatifs pour la survie sans récidive et la survie globale, là où la réponse au traitement et les caractéristiques anatomopathologiques, dont le grade de régression tumorale, ne l'étaient pas. Les auteurs reconnaissent comme limite l'hétérogénéité des traitements administrés, même si aucune différence d'infiltrat n'a été observée entre les schémas testés, et soulignent l'intérêt d'évaluer plusieurs métastases pour tenir compte de l'hétérogénéité lésionnelle dans les essais d'immunothérapie. Ces données suggèrent que la survie des patients de stade IV est largement gouvernée par l'état de la réponse immunitaire adaptative locale, en particulier dans la lésion la moins infiltrée, et confortent la place de l'immunothérapie visant à moduler l'immunité préexistante.