Le système de stadification de l'American Joint Committee on Cancer (AJCC), fondé sur l'extension tumorale, l'atteinte ganglionnaire et la présence de métastases (classification TNM), reste l'outil de référence pour estimer le pronostic du cancer du côlon. Il ne rend toutefois pas compte de l'importante variabilité d'évolution clinique observée au sein d'un même stade, car il n'intègre ni les caractéristiques moléculaires de la tumeur ni la réponse immunitaire de l'hôte. Or, la densité des lymphocytes T cytotoxiques et mémoire infiltrant la tumeur, mesurée par l'Immunoscore (combinant les densités de cellules CD3+ et CD8+ dans le centre de la tumeur et à sa marge invasive), a déjà été associée à la survie. Les études antérieures portaient cependant sur des séries rétrospectives mêlant différents stades, traitements et durées de suivi, ce qui limitait leur portée. Les auteurs ont donc cherché à établir un classificateur pronostique propre au stade III, sur une population homogène.
L'étude s'appuie sur 559 patients atteints d'adénocarcinome colique de stade III réséqué, issus du bras FOLFOX d'un essai randomisé de phase 3 (NCCTG N0147). Des modèles de Cox ont été construits pour prédire la survie sans maladie, en intégrant l'âge, le sexe, le stade T, le nombre de ganglions envahis, le stade N, l'indice de performance, le grade histologique, la latéralité, le statut KRAS/BRAF, la réparation des mésappariements de l'ADN et l'Immunoscore. Une sélection descendante a permis de retenir les variables les plus informatives. Une récidive est survenue chez 164 patients (29,3 %).
Plusieurs facteurs sont associés à une moins bonne survie sans maladie : tumeurs T4 versus T3 (rapport de risque 1,76), localisation droite versus gauche (1,52), mutation BRAF V600E (1,74), mutation KRAS (1,66) et Immunoscore bas versus élevé (1,69). Dans le modèle multivarié final, quatre variables ressortent : le nombre de ganglions envahis (43,1 % de la contribution au risque), le stade T (18 %), le statut BRAF/KRAS (16,1 %) et l'Immunoscore (14,9 %). Fait notable, chez les patients à faible risque (T1-3 N1), l'Immunoscore demeure le seul facteur statistiquement significatif. Une analyse par bootstrap a validé en interne ces résultats. Les auteurs soulignent par ailleurs que la valeur pronostique de la latéralité tumorale, significative en analyse univariée, semble captée par l'Immunoscore.
À partir du modèle, un nomogramme a été élaboré pour estimer, patient par patient, la probabilité d'être sans récidive à trois ans. Selon les auteurs, cet outil permet une prédiction plus précise et plus personnalisée que les seuls stades T et N, et peut reclasser certains patients vers un risque plus élevé ou plus faible. Ils reconnaissent toutefois la nécessité d'une validation externe sur une cohorte indépendante de patients de stade III traités par FOLFOX, et proposent d'étendre cette démarche au stade II, où la stratification du risque guiderait le choix d'une chimiothérapie adjuvante.