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Les lymphocytes T à mémoire résidente des tissus (TRM) constituent une composante essentielle de l'immunité adaptative. À la différence des lymphocytes mémoires circulants, ces cellules ne recirculent pas : elles demeurent en sentinelles au sein des tissus, prêtes à reconnaître leur antigène et à éliminer rapidement les cellules infectées. En sécrétant promptement des cytokines pro-inflammatoires telles que l'interféron gamma, le TNF-α ou l'interleukine 2, elles orchestrent par ailleurs les réponses immunitaires secondaires locales. La capacité à induire ces TRM, désormais établie pour de nombreux pathogènes et vecteurs viraux, représente donc un objectif majeur pour la conception de vaccins. Or cette propriété n'avait jamais été évaluée pour les vecteurs viraux adéno-associés recombinants (rAAV), pourtant attrayants pour la vaccination en raison de leur excellent profil de tolérance chez l'humain et de la grande souplesse offerte par leurs sérotypes et le choix du tissu cible. Ces vecteurs présentent toutefois un caractère faiblement inflammatoire et transduisent mal les cellules dendritiques, deux propriétés a priori défavorables à l'induction de réponses T.

Pour explorer cette question, les auteurs ont eu recours à un vaccin modèle fondé sur un vecteur rAAV2/1 administré par voie intradermique dans l'oreille de souris C57BL/6. Le transgène, dérivé de l'ovalbumine et porteur d'épitopes additionnels, permettait de suivre les réponses T spécifiques. L'analyse des populations lymphocytaires cutanées et ganglionnaires a été conduite par cytométrie en flux, avec marquage par tétramères et évaluation de la production de cytokines après restimulation.

Une seule immunisation intradermique suffit à induire, au site d'injection, des TRM cutanés pleinement fonctionnels. Leur différenciation optimale dépend de l'expression locale du transgène ainsi que de l'aide apportée par les lymphocytes T CD4+. En revanche, l'expression du transgène dans les cellules dendritiques s'avère superflue : en bloquant cette expression dans les cellules hématopoïétiques, les auteurs montrent que la formation des TRM cutanés spécifiques n'est pas altérée. Ce résultat indique que la seule présentation croisée des antigènes produits par les cellules cutanées non hématopoïétiques transduites est à la fois nécessaire et suffisante pour amorcer ces lymphocytes. Cette propriété revêt un intérêt particulier pour les vecteurs rAAV pseudotypés dont la capacité à transduire les cellules dendritiques est encore plus faible que celle du rAAV2/1.

Quant à l'aide des lymphocytes T CD4+, les auteurs suggèrent qu'elle renforce directement le niveau d'amorçage des lymphocytes T, influençant ainsi la génération des précurseurs mémoires dont dérivent à la fois les cellules centrales et résidentes. Dans leur ensemble, ces travaux établissent que les vecteurs rAAV2/1 peuvent induire de véritables TRM cutanés et précisent les mécanismes cellulaires sous-jacents, fournissant une base solide pour évaluer plus avant leur potentiel protecteur et leur usage dans des stratégies vaccinales.