Le tissu conjonctif constitue un réseau tridimensionnel de fibroblastes et de matrice extracellulaire qui soutient le système musculo-squelettique et joue un rôle déterminant au cours du développement, notamment en fournissant des informations de position aux cellules musculaires. Chez les vertébrés, ce tissu englobe le tissu conjonctif musculaire — dont les couches successives, épimysium, périmysium et endomysium, entourent respectivement les muscles, les faisceaux de fibres et les fibres individuelles — ainsi que le tendon, lui-même enveloppé de fines couches fibroblastiques. Malgré cette importance, la compréhension des programmes de différenciation des fibroblastes reste limitée, en grande partie parce que ces cellules sont très hétérogènes et mal caractérisées. À la différence de la lignée musculaire, aucun gène maître ne pilote la différenciation vers le derme, le tissu conjonctif musculaire ou le tendon, même si des marqueurs reconnus existent pour chacun, tels que TWIST2 pour le derme, scléraxis (SCX) pour le tendon et OSR1 pour une population de progéniteurs fibro-adipogéniques.
Pour explorer cette diversité, les auteurs ont combiné plusieurs approches de séquençage de l'ARN sur cellules unique, dont l'inférence de trajectoires, avec des analyses d'hybridation in situ, appliquées au développement fœtal du membre chez le poulet. L'inférence de trajectoires a notamment été conduite avec le pipeline STREAM, tandis que les hybridations in situ, simples ou doubles, colorimétriques ou fluorescentes, ont permis de localiser l'expression de marqueurs sur coupes de membres aux stades embryonnaires E6 et E10, avec immunomarquage des chaînes lourdes de myosine sarcomérique pour repérer les muscles. Les expériences d'hybridation et d'immunohistochimie ont été réalisées sur au moins trois membres d'embryons différents.
Ces travaux montrent que les fibroblastes basculent d'un programme fondé sur l'information de position vers un programme de diversification des lignées au moment où débute la période fœtale. Le tissu conjonctif musculaire et le tendon se composent de plusieurs populations de fibroblastes qui émergent de façon asynchrone. Une fois le patron musculaire définitif établi, les populations transcriptionnellement proches occupent des localisations voisines dans le membre, préfigurant les couches fibroblastiques observées chez l'adulte.
À partir de ces observations, les auteurs proposent que le tissu conjonctif du membre s'organise en un continuum d'identités fibroblastiques « promiscues », c'est-à-dire faiblement cloisonnées et apparentées entre populations voisines. Cette organisation assurerait une connexion robuste et efficace du muscle à l'os et à la peau. L'étude apporte ainsi une cartographie de la diversité fibroblastique et de ses trajectoires développementales, là où ces programmes restaient jusqu'ici peu décrits comparés à ceux de la lignée musculaire.