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Le système de stadification AJCC/UICC-TNM fournit une information pronostique utile mais incomplète pour les cancers du côlon de stade précoce. Les classifications fondées sur les seules caractéristiques des cellules tumorales n'offrent qu'une précision modérée, alors même que l'évaluation du risque est déterminante pour décider d'un traitement adjuvant. Chez les patients de stade II dits à haut risque (tumeurs T4, ganglions prélevés en nombre insuffisant, tumeurs peu différenciées, invasion lymphatique, vasculaire ou périnerveuse, obstruction ou perforation), une chimiothérapie peut être envisagée, mais ces critères restent imparfaits. En stade I, où la chimiothérapie n'est habituellement pas recommandée, environ 10 % des tumeurs récidivent malgré la résection chirurgicale. L'Immunoscore, méthode de classification quantifiant les densités de lymphocytes T CD3+ et CD8+ cytotoxiques au centre de la tumeur et dans sa marge invasive, avait déjà démontré sa valeur pronostique aux stades II/III, mais son intérêt restait à établir aux stades I/II et dans les sous-groupes précoces à risque.

Cette étude internationale, menée sous l'égide de la Society for Immunotherapy of Cancer, a évalué l'Immunoscore consensuel par pathologie numérique chez 1 885 patients de stade I/II issus du Canada et des États-Unis (cohorte 1) ainsi que d'Europe et d'Asie (cohorte 2). Le critère principal était le délai jusqu'à récidive ; les critères secondaires comprenaient la survie sans maladie, la survie globale et le pronostic dans les sous-groupes de stade I, stade II, stade II à haut risque et microsatellites stables (MSS).

Un Immunoscore élevé s'associait au plus faible risque de récidive dans les deux cohortes. À cinq ans, les taux de survie sans récidive en stade I/II atteignaient 78,4 %, 88,1 % et 93,4 % pour les Immunoscores bas, intermédiaires et élevés (HR élevé contre bas = 0,27 ; p < 0,0001). En analyse multivariée de Cox, cette association était indépendante du sexe, du stade T, de la localisation tumorale et du statut microsatellitaire (HR = 0,29 ; p < 0,0001). L'Immunoscore prédisait significativement la survie en stade II, stade II à haut risque, tumeurs T4N0 et patients MSS, et restait associé au délai jusqu'à récidive en stade I (HR = 0,07 ; p = 0,016). Il représentait la contribution la plus forte au risque (69,5 % du χ²). Parmi les tumeurs T4N0 non traitées par chimiothérapie, les patients à Immunoscore élevé conservaient un délai jusqu'à récidive prolongé, l'Immunoscore demeurant alors le seul paramètre significatif. Les auteurs soulignent que l'hétérogénéité d'une population issue de treize pays constitue une limite, mais qu'elle illustre aussi la robustesse de l'outil. Aux stades précoces, un Immunoscore bas identifie de façon fiable les patients à risque de rechute, pour lesquels une surveillance renforcée ou un traitement adjuvant mérite d'être envisagé. L'Immunoscore figure désormais dans la classification OMS et dans les recommandations ESMO.