La prééclampsie demeure l'une des complications les plus redoutées de la grossesse : elle touche entre 2,7 % et 8,2 % des femmes enceintes et se manifeste, après la vingtième semaine, par une hypertension artérielle (pression systolique supérieure ou égale à 140 mm Hg, ou diastolique supérieure ou égale à 90 mm Hg) associée à une protéinurie. Cette pathologie accroît le risque de naissance prématurée, de maladie cardiovasculaire et de maladie rénale chez la mère, et peut conduire au décès de la mère et du fœtus. Son origine est attribuée à un défaut d'invasion des trophoblastes extravilleux dans l'endomètre utérin et à un remodelage incomplet des artères spiralées utérines, processus qui se joue autour de la huitième à la dixième semaine de grossesse. L'insuffisance d'invasion trophoblastique engendre inflammation diffuse et altération endothéliale, avec notamment une agrégation plaquettaire accrue et des infarctus placentaires, dans un contexte de déséquilibre entre facteurs angiogéniques et anti-angiogéniques.
Les options d'intervention précoce restent limitées. La stratégie de référence repose sur l'administration prolongée d'aspirine à faible dose, qui inactive la cyclo-oxygénase-1 et réduit la production de prostaglandines et de thromboxane. Toutefois, cette approche ne parvient pas à corriger les lésions placentaires : elle n'améliore ni les concentrations de facteur de croissance placentaire (PlGF) et de forme soluble du récepteur de type 1 du facteur de croissance de l'endothélium vasculaire (sFlt1), ni la perfusion sanguine placentaire. La recherche de molécules alternatives apparaît dès lors essentielle. Une évaluation systématique antérieure avait recensé 153 candidats, dont quelques-uns jugés à fort ou moyen potentiel, parmi lesquels la metformine et certaines statines, déjà explorées dans des essais cliniques.
Dans cette revue de la littérature, les auteurs proposent d'évaluer la rosiglitazone, un agoniste synthétique du récepteur gamma activé par les proliférateurs de peroxysomes (PPARγ), comme candidat à l'intervention précoce. À la différence des approches visant uniquement à atténuer les dommages, cette molécule est déjà utilisée chez l'humain. Les auteurs synthétisent les mécanismes impliquant PPARγ dans la prééclampsie documentés au cours des dernières décennies et examinent la toxicité ainsi que les résultats pratiques de la rosiglitazone en contexte clinique. Les travaux cités suggèrent notamment que l'activation de PPARγ par la rosiglitazone restaure l'expression de l'hème oxygénase-1 dans le placenta prééclamptique, renforce la réponse antioxydante du trophoblaste humain et prévient l'apoptose, tandis que plusieurs observations rapportent des grossesses menées à terme après exposition fortuite à la molécule.
En rassemblant ces données mécanistiques et cliniques, cette revue argumente en faveur de la faisabilité d'essais cliniques destinés à tester la rosiglitazone dans le traitement de la prééclampsie.