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Les phtalates constituent une famille de contaminants environnementaux largement employés comme plastifiants dans les matériaux en polychlorure de vinyle (PVC), que l'on retrouve dans les dispositifs médicaux, l'alimentation et l'air intérieur. Le mono(2-éthylhexyl) phtalate (MEHP) est le principal métabolite du di(2-éthylhexyl) phtalate (DEHP), l'un des plastifiants les plus répandus. Certains phtalates sont capables de franchir la barrière placentaire et ont été détectés dans les tissus placentaires, le liquide amniotique et le sang de cordon. L'exposition maternelle à ces composés a été associée à des naissances prématurées, à un faible poids de naissance et à des pertes de grossesse, mais les mécanismes reliant cette exposition au développement placentaire restaient mal compris. L'un d'eux pourrait impliquer le récepteur activé par les proliférateurs de peroxysomes gamma (PPARγ), un récepteur nucléaire qui régule la transcription de gènes cibles de façon dépendante d'un ligand et joue un rôle essentiel dans le métabolisme lipidique et le développement du placenta. Dans le placenta humain, PPARγ est exprimé par le cytotrophoblaste villeux (VCT) et activé lors de sa différenciation en syncytiotrophoblaste, structure assurant les échanges gazeux et nutritionnels ainsi que les fonctions endocrines à l'interface entre circulations maternelle et fœtale.

Pour caractériser l'action du MEHP sur l'activité de PPARγ au cours de la différenciation du cytotrophoblaste, les auteurs ont cultivé des VCT isolés de placentas humains à terme et les ont exposés à des concentrations physiologiquement pertinentes de MEHP (0,1, 1 et 10 μM). L'approche a combiné immunofluorescence, dosages de l'activité de PPARγ et de l'hormone chorionique gonadotrope humaine (hCG), western blot et analyses lipidomiques.

Les résultats révèlent une réponse en forme de U. Les doses de 0,1 et 1 μM réduisent significativement l'activité de PPARγ et la différenciation des VCT par rapport aux témoins, tandis que la dose de 10 μM produit l'effet inverse, favorisant la fusion cellulaire. Dans tous les cas, l'exposition au MEHP inhibe la production d'hCG : l'augmentation de la syncytialisation observée à forte dose ne s'accompagne donc pas d'une amélioration de la fonction trophoblastique, mais d'une perte de sécrétion de cette hormone clé de la grossesse. Le MEHP modifie en outre la composition lipidique des cellules de manière dose-dépendante — l'analyse lipidomique globale ayant identifié 115 lipides différentiellement exprimés à 10 μM contre 50 à 0,1 μM — et perturbe les voies des protéines kinases activées par les agents mitogènes (MAPK), avec des effets distincts sur ERK, P38 et JNK.

Ces travaux suggèrent que le MEHP agit comme perturbateur endocrinien dans le trophoblaste humain, exerçant un effet dose-réponse en U sur la différenciation médié par la voie PPARγ et accompagné d'altérations du métabolisme lipidique. Les auteurs soulignent toutefois les limites de l'étude — origine unique des placentas (région parisienne), taille réduite de l'échantillon et absence de données démographiques — qui en restreignent la généralisation, et appellent à des investigations complémentaires, notamment pour confirmer la courbe dose-réponse en U.