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Article à jour en juillet 2026. Les montants, priorités et modalités de ces bailleurs évoluent rapidement : vérifiez les appels et conditions en cours sur leurs sites avant toute décision (voir l’avertissement en fin d’article).

Au-delà des fondations françaises (→ voir notre article dédié à la philanthropie française de la recherche), quelques très grandes fondations internationales structurent une part croissante du financement mondial de la recherche en santé. Leur logique diffère profondément de celle des financeurs français : montants beaucoup plus élevés, priorité à la santé mondiale et aux pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI), et surtout une ouverture — parfois explicite — aux entreprises comme bénéficiaires ou partenaires. Pour un acteur de la recherche translationnelle, ce sont des sources moins familières que l’ANR ou Bpifrance, mais qui peuvent financer des projets où un prestataire ou un partenaire technique a toute sa place. Cet article présente les principaux acteurs et, surtout, les conditions dans lesquelles une entreprise peut s’y insérer.

Un écosystème dominé par trois fondations

Trois fondations concentrent l’essentiel de la philanthropie mondiale en santé — collectivement, la première source mondiale de financement philanthropique en santé, avec de l’ordre de 10 milliards de dollars par an ; ce total couvre aussi bien la recherche biomédicale que des enjeux connexes de durabilité et de santé publique :

  • la Gates Foundation (ex-Fondation Bill & Melinda Gates, renommée en janvier 2025), la plus grande fondation privée du monde par son activité de dons (environ 8 milliards de dollars de dons philanthropiques en 2024), centrée sur les maladies infectieuses (paludisme, tuberculose, VIH, polio), la santé maternelle et infantile, la nutrition et les vaccins, essentiellement dans les PRFI ;
  • Wellcome (ex-Wellcome Trust), fondation britannique qui soutient la recherche fondamentale en santé et cible trois grands défis : santé mentale, maladies infectieuses, et climat et santé ;
  • la Fondation Novo Nordisk (Novo Nordisk Foundation, NNF), fondation danoise devenue la plus riche du monde par ses actifs (de l’ordre de 109 milliards de dollars fin 2025, supérieurs à ceux de la fondation Gates mais fortement volatils au gré du cours de l’action Novo Nordisk, qui a nettement reculé en 2025), qui a fortement accru ses financements ces dernières années (près de 1,35 milliard d’euros — 10,1 milliards de couronnes danoises — de dons et investissements en 2024, son plus haut niveau historique) et couvre les maladies cardiométaboliques et infectieuses, la biotechnologie et la durabilité.

En mai 2024, ces trois fondations ont annoncé un partenariat commun de 300 millions de dollars sur trois ans (100 M$ chacune) pour la R&D en santé mondiale, ciblant les impacts sanitaires du changement climatique, les maladies infectieuses et la résistance antimicrobienne, et l’interaction entre nutrition, immunité et maladies. Fait notable pour notre sujet : elles ont annoncé vouloir élargir cet effort à des partenaires publics et privés. Le paysage évolue vite, dans un contexte de recul marqué des financements publics internationaux de la santé qui accroît le poids relatif de ces fondations : la fondation Gates a annoncé en mai 2025 vouloir dépenser plus de 200 milliards de dollars sur vingt ans avant de cesser ses activités fin 2045 (son budget annuel a été porté à un niveau record d’environ 9 milliards de dollars pour 2026), tandis que la Fondation Novo Nordisk monte en puissance sur la scène internationale. [Wellcome ; Gates Foundation ; Novo Nordisk Foundation ; Science|Business ; Devex]

La grande différence : ces bailleurs financent aussi les entreprises

C’est le point qui distingue le plus ces fondations de leurs homologues françaises. Là où la Fondation ARC ou la FRM ne financent que des chercheurs et laboratoires académiques, les grands bailleurs internationaux intègrent le secteur privé dans leur modèle.

La Gates Foundation est la plus explicite : au-delà de son principal véhicule (les subventions aux organisations, qui représentent la grande majorité de ses dons philanthropiques), elle finance directement des sociétés commerciales — via des instruments dédiés comme son Strategic Investment Fund — pour mettre l’expertise, l’échelle et la propriété intellectuelle du privé au service de ses objectifs. Ses appels Grand Challenges sont ouverts à toute organisation — universités, laboratoires publics, organismes de recherche, associations et entreprises à but lucratif —, avec des subventions initiales de l’ordre de 100 000 $ pouvant aller jusqu’à 1 M$ pour les projets les plus prometteurs (le format des appels a évolué depuis 2021).

La contrepartie à connaître : les engagements d’accès mondial (« global access commitments »). Lorsqu’elle finance une entreprise, la Gates Foundation assortit systématiquement son soutien d’engagements garantissant que les produits développés seront accessibles et abordables pour les populations des PRFI — typiquement, une licence réservée au bénéfice de la fondation sur les résultats financés, et un engagement de prix et de volume. À titre d’illustration, un vaccin antipneumococcique développé avec le Serum Institute of India a ainsi été rendu disponible à environ 2 $ la dose pour les pays à faible revenu. Ce n’est pas un financement « sans condition » : il oblige à concilier logique commerciale et finalité philanthropique. C’est une différence de nature avec un crédit d’impôt ou une subvention ANR. [Gates Foundation ; Stanford Social Innovation Review]

Le modèle du partenariat public-privé : l’exemple de CARB-X

Une part de ces financements passe par des partenariats public-privé (PPP) qui financent le développement de produits en phase précoce — un format où un acteur de la recherche translationnelle peut réellement s’insérer.

L’exemple le plus parlant en santé est CARB-X (Combating Antibiotic-Resistant Bacteria Biopharmaceutical Accelerator), un partenariat mondial à but non lucratif, hébergé à l’université de Boston, qui finance le développement early-stage de produits contre les infections bactériennes résistantes (antibiotiques, vaccins, diagnostics). CARB-X est soutenu par un consortium de bailleurs publics et philanthropiques — dont l’agence américaine BARDA (département de la Santé des États-Unis), plusieurs gouvernements (Allemagne, Royaume-Uni…), Wellcome, la Gates Foundation, et depuis janvier 2024 la Fondation Novo Nordisk, qui y a engagé jusqu’à 25 M$ sur trois ans. Il finance très majoritairement de petites entreprises et des biotechs développant des produits innovants — un profil de bénéficiaire radicalement différent de celui des fondations françaises. [Novo Nordisk Foundation ; CARB-X]

D’autres structures relèvent de la même logique : la CEPI (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations), lancée en 2017 à Davos avec le soutien de Wellcome et de la Gates Foundation (100 M$ chacune à la création, aux côtés de gouvernements comme la Norvège), finance le développement de vaccins contre les menaces épidémiques, en travaillant largement avec des industriels.

Le modèle de financement direct de la recherche académique

À côté de ces PPP, la majeure partie des financements de ces fondations reste orientée vers la recherche académique, par des subventions ouvertes ou sur invitation. En 2023, leurs premiers bénéficiaires académiques étaient, respectivement, l’université de Californie à San Francisco (Gates), l’University College London (Wellcome) et l’université de Copenhague (Novo Nordisk). La Fondation Novo Nordisk structure d’ailleurs ses financements en plusieurs modèles — subventions en compétition ouverte, subventions ciblées sur ses axes, partenariats public/privé, et investissements d’impact (prêts et prises de participation dans des start-up).

Dans ce cadre académique, la place d’un prestataire de recherche est la même que pour les fondations françaises : le bénéficiaire est un chercheur ou une université, qui peut commander des travaux spécialisés à un prestataire externe sur sa subvention. La différence tient surtout à l’échelle des montants et à la dimension internationale des projets.

Et si vous êtes une entreprise française ?

Contrairement aux fondations françaises, ces bailleurs internationaux peuvent financer une entreprise — directement (Gates, via ses véhicules dédiés au privé et ses Grand Challenges ouverts aux sociétés commerciales) ou au sein d’un PPP (CARB-X, CEPI). Trois points de vigilance pour une PME française :

  • l’orientation quasi systématique vers la santé mondiale et les PRFI : ces financements ciblent des maladies et des marchés spécifiques (maladies infectieuses négligées, résistance antimicrobienne, santé maternelle), pas n’importe quel projet de R&D ;
  • les engagements d’accès mondial : un financement Gates impose des conditions de licence et de prix qui encadrent l’exploitation commerciale des résultats ;
  • l’accès souvent sur invitation ou via des appels ciblés (la Gates Foundation n’accepte généralement pas de propositions spontanées : elle procède par lettre d’intention sur appels).

Pour un prestataire ou un partenaire technique, ces projets — surtout les PPP de développement de produits — offrent un cadre où intervenir aux côtés d’un porteur, sur des lots expérimentaux ou analytiques.

Les projets financés par ces bailleurs — qu’ils soient portés par une équipe académique ou par un consortium public-privé — font souvent appel à des compétences spécialisées externes. Inovarion peut intervenir dans ce cadre, comme partenaire technique d’un projet ou prestataire d’un porteur, pour la part expérimentale ou analytique.

Sources

  • Gates Foundation — How we work / Our funding (véhicules de financement, financement des entreprises via le Strategic Investment Fund, part des subventions aux organisations, ~8 Md$ de dons philanthropiques en 2024 ; budget annuel porté à ~9 Md$ pour 2026 ; plan annoncé en mai 2025 de dépenser plus de 200 Md$ sur 20 ans avant la fermeture fin 2045) : https://www.gatesfoundation.org/about/our-funding
  • Gates Foundation — Grand Challenges (appels ouverts à toute organisation, y compris entreprises ; subventions de ~100 000 $ à 1 M$) : https://gcgh.grandchallenges.org/
  • Stanford Social Innovation Review — « The Promise of Global Access » (mécanique des global access commitments dans les financements Gates au secteur privé ; exemple Serum Institute of India à ~2 $/dose ; janvier 2024)
  • Wellcome — Novo Nordisk Foundation, Wellcome, and the Gates Foundation Join Forces (partenariat 300 M$, mai 2024, ouverture aux partenaires publics et privés ; trois défis de Wellcome) : https://wellcome.org/
  • Novo Nordisk Foundation (dons et investissements 2024 : ≈ 1,35 Md€ / 10,1 Md DKK ; fondation la plus riche du monde par ses actifs, ~109 Md$ fin 2025 mais fortement volatils ; modèles de financement ; engagement CARB-X jusqu’à 25 M$ dès janvier 2024) : https://novonordiskfonden.dk/en/
  • CARB-X (partenariat public-privé à but non lucratif, hébergé à Boston University ; soutenu par BARDA/HHS, plusieurs gouvernements, Wellcome, Gates, Novo Nordisk ; financement early-stage de produits contre la résistance antibactérienne) : https://carb-x.org/
  • CEPI (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, lancée en 2017 à Davos ; Gates et Wellcome, 100 M$ chacune à la création ; développement de vaccins) : https://cepi.net/
  • Science|Business — « A deep dive into how Gates, Wellcome and Novo Nordisk spend their millions » (analyse des bénéficiaires 2023 ; ~10 Md$/an de financement philanthropique en santé ; mai 2024)
  • Devex (montée en puissance internationale de la Fondation Novo Nordisk ; annonce par la fondation Gates d’une fin de ses activités d’ici 2045)

Chaque chiffre est à revérifier sur la source officielle correspondante avant publication : montants, priorités thématiques et modalités d’appel de ces bailleurs évoluent rapidement.

Avertissement

Cet article a une vocation strictement informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil juridique, financier ou en montage de projet personnalisé. Les priorités, montants et modalités de ces bailleurs philanthropiques internationaux évoluent fréquemment, et leurs conditions (notamment les engagements d’accès mondial) ont des implications juridiques et commerciales importantes. Avant toute décision, nous vous invitons à vérifier les modalités en vigueur directement auprès de chaque organisme et à vous entourer des conseils appropriés. Inovarion ne saurait être tenue responsable d’une décision prise sur la seule base de cet article.