Article à jour en juillet 2026. Les montants, appels et calendriers des fondations évoluent chaque année : vérifiez les modalités en cours auprès de chaque organisme avant toute décision (voir l’avertissement en fin d’article).
À côté des financements publics (crédits d’impôt, ANR) et européens, la recherche biomédicale française repose sur un pilier souvent sous-estimé : la philanthropie. Fondations, associations de malades et fonds de dotation injectent chaque année des centaines de millions d’euros dans les laboratoires, principalement grâce à la générosité du public. Pour une équipe de recherche, ces financements sont parfois les plus souples ; pour un prestataire de recherche, ils dessinent un écosystème de donneurs d’ordre spécifique. Cet article présente les principaux acteurs français, leur mode de financement, et la façon dont un projet financé par une fondation peut mobiliser des compétences externes.
Un financement par le don, avec ses forces et sa fragilité
La plupart des grandes fondations de recherche biomédicale françaises tirent l’essentiel de leurs ressources de la générosité du public : près de 100 % des ressources de la Fondation ARC, environ 96 % de celles de la Fondation pour la recherche médicale (FRM), plus de 85 % du financement de l’AFM-Téléthon. Cette dépendance au don n’est d’ailleurs pas propre aux fondations : la générosité du public et le mécénat représentent aussi de l’ordre d’un tiers des ressources de l’Institut Pasteur et de l’Institut Imagine, environ 35 % du financement du centre de recherche de l’Institut Curie et 20 % de celles de Gustave Roussy. Cette dépendance au don fait leur force — une liberté d’action que n’ont pas toujours les financeurs publics — mais aussi leur fragilité, car elle les rend sensibles à l’environnement fiscal. [Fondation ARC ; FRM]
Le régime fiscal du don en est le moteur : un particulier bénéficie d’une réduction d’impôt sur le revenu de 66 % du montant donné (dans la limite de 20 % du revenu imposable), et une entreprise mécène d’une réduction de 60 % au titre du mécénat (dans la limite, retenue au plus élevé des deux montants, de 20 000 € ou 5 ‰ du chiffre d’affaires hors taxes, le taux étant ramené à 40 % pour la fraction de dons excédant 2 M€). En juillet 2025, les principales fondations et associations de recherche biomédicale — dont la Fondation ARC, la FRM et l’AFM-Téléthon — avaient alerté publiquement sur le risque qu’un rapport de l’Inspection générale des finances ne conduise le projet de loi de finances pour 2026 à raboter ces incitations. Finalement, la loi de finances pour 2026 — validée par le Conseil constitutionnel le 19 février 2026 et promulguée à cette date, au terme d’un parcours parlementaire marqué par le recours à l’article 49.3 — a maintenu l’architecture générale du régime des dons et du mécénat. Cela reste un point de vigilance à suivre d’une année sur l’autre, tant ces dispositifs sont scrutés dans les débats budgétaires. [economie.gouv.fr ; service-public.fr ; France générosités ; Fondation ARC / FRM]
Les grands financeurs français
La Fondation ARC pour la recherche sur le cancer
Entièrement dédiée à l’oncologie et financée à près de 100 % par les dons, la Fondation ARC a alloué plus de 33,7 millions d’euros en 2025 (234 nouveaux projets votés, 126 jeunes chercheurs soutenus). Elle finance des projets de recherche (l’appel « Projets Fondation ARC » a été revalorisé en 2023 à 70 k€ sur 24 mois), des bourses et des prix, depuis la recherche fondamentale jusqu’à la recherche clinique. Elle mène aussi des actions en partenariat : un appel conjoint avec la FRM pour les 4e années de thèse en cancérologie (première édition en 2025, reconduite en 2026, avec un taux de succès d’environ 40 % — 96 lauréats sur 240 candidatures), et un accord-cadre avec l’Institut national du cancer. Depuis 2025, elle coordonne également un projet collaboratif européen, le consortium FORCE, qui réunit quatorze acteurs philanthropiques européens pour soutenir des essais cliniques internationaux sur les cancers rares ou de mauvais pronostic. [Fondation ARC]
La Fondation pour la recherche médicale (FRM)
Généraliste (toute la recherche biomédicale, cancérologie incluse), la FRM tire environ 96 % de ses ressources de la générosité du public. Elle finance des équipes (label « Équipes FRM »), des jeunes chercheurs, et co-porte avec la Fondation ARC l’appel « 4e année de thèse ». Ses appels couvrent aussi bien la recherche fondamentale que translationnelle et clinique. [FRM ; Fondation ARC]
La Fondation Bettencourt Schueller
Reconnue d’utilité publique, la Fondation Bettencourt Schueller est l’un des premiers mécènes privés des sciences de la vie en France, avec un engagement centré sur la recherche fondamentale et la formation des chercheurs. Elle agit par des prix et des programmes de dotation individuels plutôt que par des appels à projets classiques : le Prix Liliane Bettencourt pour les sciences du vivant, le programme ATIP-Avenir (installation de jeunes équipes, piloté par le CNRS et l’Inserm), qu’elle dote, et, depuis 2022, le programme Impulscience® (dont la marraine est la Prix Nobel Emmanuelle Charpentier). Ce dernier soutient chaque année sept chercheurs en milieu de carrière en sciences de la vie, à hauteur de 2,3 millions d’euros sur cinq ans par lauréat — une dotation parmi les plus importantes du paysage français, pensée pour donner à un chercheur les moyens et la liberté de conduire un programme ambitieux sur la durée. Particularité notable : Impulscience fonctionne comme un « relais » de l’ERC, puisqu’il s’adresse aux chercheurs classés parmi les meilleurs (liste A) à l’évaluation d’une bourse du Conseil européen de la recherche (appels Starting, Consolidator ou Advanced) mais non financés faute de budget européen (→ voir notre article dédié à Horizon Europe et à l’ERC). [Fondation Bettencourt Schueller]
L’Institut national du cancer (INCa)
L’INCa occupe une place particulière : c’est un groupement d’intérêt public (donc para-public), mais il co-finance régulièrement des projets avec les fondations. Son accord-cadre avec la Fondation ARC (période 2022-2026) prévoit notamment le co-financement d’essais cliniques précoces ; les deux acteurs co-financent, depuis 2010-2011, une série d’essais dans le cadre du programme « molécules innovantes » (fondé sur des partenariats avec des laboratoires pharmaceutiques), et ont contribué à la structuration des Centres labellisés INCa de phase précoce (CLIP²). C’est un point d’entrée vers la recherche clinique de phase précoce — un domaine où l’intervention de prestataires spécialisés est courante. [Fondation ARC ; INCa]
La Ligue nationale contre le cancer
Financée par les dons, la Ligue attribue notamment des allocations doctorales de trois ans (dont le montant est indexé sur le salaire d’un doctorant contractuel), et finance des équipes labellisées et des projets de recherche clinique. Elle co-finance par ailleurs, avec l’INCa, la valence pédiatrique des CLIP². [Ligue contre le cancer ; INCa]
L’AFM-Téléthon
Cas le plus atypique et le plus instructif pour notre propos. Financée quasi exclusivement par les dons du Téléthon, l’AFM-Téléthon consacre plusieurs dizaines de millions d’euros par an à la recherche — 56,1 M€ pour sa mission « Guérir » en 2024 (le chiffre de 70 M€ souvent cité correspond à des exercices antérieurs) — dont une part majoritaire à sa recherche interne (notamment ses laboratoires comme Généthon), le reste à des programmes externes. Via ses appels d’offres annuels, elle a financé en 2024 environ 160 projets et jeunes chercheurs (115 projets et 46 jeunes chercheurs), et soutient une vingtaine de programmes stratégiques pluriannuels (jusqu’à 500 k€ par an), souvent menés en réseau. Deux spécificités méritent l’attention : ses appels portent de plus en plus sur des enjeux de thérapie génique, d’ARN thérapeutique et de bioproduction — des domaines très proches des métiers de la recherche translationnelle —, et l’AFM-Téléthon s’assure, en contrepartie de certains financements (par exemple ses appels dédiés à la bioproduction), d’une copropriété intellectuelle sur les technologies développées.
Comment un projet financé par une fondation mobilise des compétences externes
C’est le point clé pour comprendre où se situe un prestataire de recherche dans ce paysage. La quasi-totalité de ces financements ont un point commun : le bénéficiaire est un chercheur ou un laboratoire, pas une entreprise. Une fondation ne finance pas une société commerciale ; elle dote une équipe académique pour mener un projet.
Mais un lauréat bien doté — surtout sur un financement pluriannuel souple, sans le fléchage strict d’un appel public — dispose d’une latitude réelle pour confier une partie de ses travaux à des prestataires spécialisés : expérimentations qu’il ne peut pas réaliser en interne, analyses, modèles, production de lots. C’est un mode d’intervention indirect mais bien réel : le prestataire n’est pas financé par la fondation, il est commandé par le lauréat sur sa dotation. Contrairement à l’ANR, il n’y a pas ici de règle interdisant la « sous-traitance de recherche » : la fondation finance un chercheur, qui reste libre d’organiser ses travaux, dans le respect des règles de son établissement.
Certains dispositifs vont plus loin et financent de véritables projets collaboratifs ou en réseau — les programmes stratégiques de l’AFM-Téléthon, les essais précoces co-financés INCa/ARC, le consortium européen FORCE, ou encore des appels multipartenaires (par exemple l’appel « thérapies innovantes en néphrologie » AFM-Téléthon / AIRG-France / Fondation du Rein, jusqu’à 120 k€/an sur trois ans). Dans ces montages, la place d’un partenaire technique se rapproche de celle qu’il occupe dans un consortium.
Et si vous êtes une entreprise ?
Les fondations françaises de recherche biomédicale ne financent pas les entreprises : leurs bénéficiaires sont des chercheurs et des laboratoires publics. Une société ne peut donc pas candidater à un appel « Projets Fondation ARC » ou à une bourse doctorale de la Ligue. Deux voies d’implication existent néanmoins : intervenir comme prestataire d’une équipe lauréate (qui commande des travaux sur sa dotation), ou, sur les rares dispositifs partenariaux et programmes en réseau, comme partenaire technique d’un projet collectif. À noter enfin qu’une entreprise peut, à l’inverse, se placer du côté du financeur : le mécénat d’entreprise (réduction d’impôt de 60 %) permet de soutenir une fondation de recherche, dans une logique d’engagement et non de retour sur projet.
Un projet financé par une fondation reste porté par une équipe de recherche : lorsqu’il requiert des travaux spécialisés qu’elle ne réalise pas en interne, cette équipe peut faire appel à un prestataire externe. Inovarion peut intervenir à ce titre, pour la part expérimentale ou analytique d’un projet soutenu par un financeur philanthropique.
Sources
- Fondation ARC pour la recherche sur le cancer — appels à projets, montant alloué en 2025 (33,7 M€ ; 234 nouveaux projets, 126 jeunes chercheurs), appel « Projets Fondation ARC » (70 k€ / 24 mois, revalorisé en 2023), appel conjoint « 4e année de thèse » avec la FRM (≈ 40 % de succès, 96/240), accord-cadre avec l’INCa, consortium européen FORCE : https://www.fondation-arc.org/
- Fondation pour la recherche médicale (FRM) — appels à projets, label Équipes FRM, part des ressources issue des dons (≈ 96 %) : https://www.frm.org/
- Fondation Bettencourt Schueller — Prix Liliane Bettencourt pour les sciences du vivant, programme ATIP-Avenir, programme Impulscience® (7 lauréats/an, 2,3 M€ sur 5 ans, articulation avec l’évaluation ERC – liste A) : https://www.fondationbs.org/
- Institut national du cancer (INCa) — accord-cadre INCa / Fondation ARC 2022-2026, essais cliniques précoces, programme « molécules innovantes » (depuis 2010-2011), Centres labellisés de phase précoce (CLIP²) : https://www.cancer.fr/
- Ligue nationale contre le cancer — allocations doctorales de 3 ans, co-financement de la valence pédiatrique des CLIP², financement de la recherche clinique : https://www.ligue-cancer.net/
- AFM-Téléthon — soutien à la recherche (mission « Guérir » : 56,1 M€ en 2024), appels d’offres annuels (115 projets et 46 jeunes chercheurs en 2024), programmes stratégiques pluriannuels (jusqu’à 500 k€/an), copropriété intellectuelle, appel néphrologie AFM-Téléthon / AIRG-France / Fondation du Rein (jusqu’à 120 k€/an sur 3 ans) : https://www.afm-telethon.fr/
- Fondation ARC / FRM / AFM-Téléthon — tribune commune de juillet 2025 sur le PLF 2026 (parts des ressources issues de la générosité du public : ≈ 100 % ARC, 96 % FRM, > 85 % AFM ; ~1/3 Pasteur et Imagine, 35 % centre de recherche de l’Institut Curie, 20 % Gustave Roussy)
- economie.gouv.fr, service-public.fr et France générosités — régime fiscal des dons (réduction de 66 % pour les particuliers) et du mécénat d’entreprise (réduction de 60 %, plafond au plus élevé de 20 000 € ou 5 ‰ du CA HT, taux de 40 % au-delà de 2 M€) ; décryptage du PLF 2026 et maintien du cadre fiscal (loi de finances pour 2026 promulguée le 19 février 2026)
Chaque chiffre est à revérifier sur la source officielle correspondante avant publication : montants, taux de succès et modalités d’appel évoluent chaque année.
Avertissement
Cet article a une vocation strictement informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou en montage de projet personnalisé. Les programmes des fondations, leurs montants et leurs conditions d’éligibilité, ainsi que le régime fiscal des dons et du mécénat, évoluent régulièrement. Avant toute décision, nous vous invitons à vérifier les modalités en vigueur directement auprès de chaque organisme financeur et des sources officielles (economie.gouv.fr, service-public.fr), et à vous rapprocher de votre établissement de tutelle. Inovarion ne saurait être tenue responsable d’une décision prise sur la seule base de cet article.