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Le cancer du sein demeure l'une des principales causes de mortalité par tumeur maligne chez la femme dans le monde. Si l'hormonothérapie et les thérapies ciblant HER2 constituent des traitements de référence pour certains sous-types, les options restent limitées face aux tumeurs devenues résistantes ou aux cancers triple-négatifs, qui n'expriment ni les récepteurs hormonaux ni HER2. Dans cette perspective de médecine de précision, l'identification de nouveaux biomarqueurs pronostiques et prédictifs apparaît essentielle. Le cytosquelette de microtubules, cible historique de la chimiothérapie anticancéreuse — notamment via les taxanes qui stabilisent les microtubules —, joue un rôle central dans la division cellulaire, la migration et le transport intracellulaire. Son organisation est finement régulée par un large ensemble de protéines associées aux microtubules, dont des kinésines et des kinases. Les auteurs avaient précédemment identifié un panel de 17 gènes liés aux microtubules (MT-Rel) différentiellement exprimés dans les tumeurs résistantes aux taxanes ; la présente étude en évalue l'expression, la valeur pronostique et l'impact fonctionnel.

Les travaux montrent que 14 de ces gènes (KIF4A, ASPM, KIF20A, KIF14, TPX2, KIF18B, KIFC1, AURKB, KIF2C, GTSE1, KIF15, KIF11, RACGAP1, STMN1) sont surexprimés dans les tumeurs mammaires par rapport au tissu sain adjacent, et plus fortement encore dans le sous-type triple-négatif. Six d'entre eux (KIF4A, ASPM, KIF20A, KIF14, TPX2, KIF18B) présentent une surexpression supérieure à un facteur 10, et quatre (KIF11, AURKB, TPX2, KIFC1) se révèlent essentiels à la survie cellulaire. La surexpression de ces 14 gènes, tout comme la sous-expression de trois autres gènes MT-Rel (MAST4, MAPT, MTUS1), est associée à un pronostic défavorable, avec une réduction de la survie globale et de la survie sans rechute. L'analyse suggère un déséquilibre global en faveur de la déstabilisation des microtubules : les gènes surexprimés codent des protéines qui déstabilisent ou dépolymérisent les microtubules, tandis que les gènes sous-exprimés codent des stabilisateurs, le tout tendant à accroître la dynamique microtubulaire dans les cellules cancéreuses.

Une approche de biologie des systèmes, étendue aux partenaires fonctionnels des 17 gènes, a permis de reconstruire un réseau de 41 gènes et 87 connexions. Ce réseau s'organise en trois sous-réseaux majeurs correspondant à des étapes de la mitose : assemblage du fuseau, ségrégation des chromosomes et cytocinèse. Les défauts de ces processus, vraisemblablement liés à l'altération de la dynamique microtubulaire, favorisent l'aneuploïdie et l'instabilité chromosomique, caractéristiques reconnues du cancer et de l'agressivité tumorale. Trois gènes — AURKB, KIF4A et RACGAP1 — contribuent simultanément aux trois sous-réseaux. Les auteurs désignent AURKB, TPX2 et KIF4A comme cibles prioritaires, et soulignent l'intérêt des kinases mitotiques Aurora et de leurs substrats, pour lesquels des inhibiteurs spécifiques ont déjà fait l'objet d'essais cliniques. En conclusion, le ciblage de protéines MT-Rel actionnables et de leurs partenaires, seul ou en association avec une chimiothérapie à base de taxanes, est présenté comme une stratégie thérapeutique à explorer dans le cancer du sein.